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Les constellations familiales vues à travers la série Netflix « Le Chemin de l’olivier »

« Les traumatismes familiaux ne meurent pas avec ceux qui les ont subis. Ils survivent dans les mémoires, les corps et les comportements des descendants. »
                                                                       Anne Ancelin Schützenberger

Psycho-généalogie et constellations familiales

La série turque Le Chemin de l’olivier, dont les trois personnages principaux sont Ada, Leyla et Sevgi, est construite sur l’idée que nous ne sommes pas véritablement maîtres de notre destin. Nous portons, sans en avoir conscience, des pans de l’histoire de certains de nos ancêtres qui nous influencent malgré nous. Comme le disait le grand psychanalyste Carl Gustav Jung :
« Ce qui est inconscient revient sous forme de destin. »

Cette série Netflix, Le Chemin de l’olivier, introduit en arrière-plan, à travers certaines scènes et dialogues, des concepts hérités de la psychanalyse transgénérationnelle, de la psycho-généalogie et des constellations familiales.

L’histoire, qui s’étale sur trois saisons, met en lumière comment la vie de ces trois femmes, unies par une profonde amitié, est façonnée par les non-dits, les impensés et les traumatismes psychiques hérités de leurs ancêtres. À travers le parcours de ces trois protagonistes, la série illustre comment les schémas comportementaux familiaux, souvent refoulés ou forclos, resurgissent sous forme de répétitions douloureuses, de maladies, de tragédies ou de blocages émotionnels.

Au fil de la saga et de ses nombreux épisodes, chacun des personnages incarne ainsi un maillon d’une chaîne invisible. Les mémoires dramatiques et les loyautés familiales ancestrales agissent comme des forces invisibles, dictant des choix comportementaux inconscients, sociaux, familiaux ou sentimentaux.

Les crédits et les dettes transgénérationnels jouent un rôle central dans cette dynamique, un peu comme une comptabilité cosmique ou karmique.

Les traumatismes transgénérationnels en exemple

Le Chemin de l’Olivier démontre comment les traumatismes non résolus  (violencesincestesabandonséchecs importants ou secrets lourds) se transmettent comme une dette symbolique et transforment les descendants en   porteurs de fardeaux inconscients.

Par exemple :

  • Sevgi, l’avocate limitée par une phobie de l’eau, incarne la répétition d’un traumatisme ancestral lié à la noyade et à la perte d’un être cher.
  • Ada, la doctoresse, toujours en quête d’amour, reproduit des schémas de relations toxiques hérités de sa lignée, dans une logique cyclique de séduction/destruction/séparation.

Les constellations familiales au cœur de la série

La série turque, à travers la figure charismatique de Zaman (ancien médecin devenu psychothérapeute) permet d’observer le déroulement de plusieurs séances de psychothérapie. Ces scénarios s’inspirent de la méthode inventée par le prêtre et psychanalyste allemand Bert Hellinger (1925-2019)  nommée : les constellations familiales.

La méthode des constellations familiales est une thérapie brève systémique qui explore les schémas transgénérationnels répétitifs et les loyautés invisibles au sein d’un système familial. Elle utilise des représentations verbales, corporelles, émotionnelles et spatiales avec des personnes ou des figurines pour mettre en lumière et en scène les conflits intrapsychiques et inter-relationnelles. L’objectif thérapeutique étant de permettre la décharge émotionnelle et la libération psychocorporelle.

Pour développer sa méthode des constellations familiales, Bert Hellinger s’est inspiré du psychanalyste autrichien Jacob Levy Moreno (1889-1974), inventeur de la technique de jeu de rôle, appelée psychodrame.

Ses deux approches ont un point commun : elles utilisent la mise en scène et la mise en acte symbolique ou théâtrale pour explorer des dynamiques relationnelles et intergénérationnelle.

Dans Le Chemin de l’Olivier, les personnages, en confrontant leurs ancêtres à travers le travail psychothérapeutique des constellations familiales, brisent peu à peu la loi du silence ainsi que le cycle des répétitions transgénérationnelles dramatiques.

Une série qui résonne avec les pionniers de cette nouvelle forme de psychothérapie

Le Chemin de l’Olivier est une série qui sous couvert d’un roman émouvant et passionnant, explore les multiples facettes des histoires et des dynamiques familiales complexes et répétitives ainsi que des héritages traumatiques et pathologiques transgénérationnels. Ces thèmes psychologiques mis en scène par les principaux acteurs du chemin de l’olivier rentrent profondément en résonance avec les travaux de pionniers de la psychogénéalogie, de la thérapie familiale systémique et des constellations familiales, tels qu’Anne Ancelin SchützenbergerNicolas AbrahamMaria TorokBert HellingerVirginia Satir, Moni ElkaimJohn BradshawDidier Dumas ou encore Alejandro Jodorowsky.

Ces approches psychothérapeutiques permettent de décoder comment les blessures du passé (guerredéportationdépossessionségrégationtrahisonmanipulationabandonviolinceste et sacrifice) se transmettent d’une génération à l’autre. Les personnages de la série, ainsi que « la voix off », illustrent et expliquent ces mécanismes de façon claire, compréhensible et évidente.

Citations des personnages et des penseurs pré-cités :

  •  « Les secrets familiaux sont comme des bombes à retardement. Ils explosent un jour, souvent à travers les comportements des descendants. »  Bert Hellinger

« La guérison commence quand on accepte de regarder en face les fantômes du passé et qu’on leur donne une place, sans leur permettre de nous contrôler. »Alejandro Jodorowsky

  • « La peur se transmet comme un héritage toxique. »

Anne Ancelin Schützenberger

  • « Dans la thérapie familiale, le symptôme d’un membre de la famille est un message pour toute la famille. Travailler avec une famille, c’est travailler avec le système entier, pas seulement avec l’individu qui présente le symptôme. »Virginia Satir
  • « Le pardon, c’est reconnaître que l’autre a fait de son mieux avec les outils qu’il avait. »  Moni Elkaim
  • « Les parents projettent leurs rêves inaccomplis sur leurs enfants, qui doivent alors porter un fardeau qui n’est pas le leur. » John Bradshaw
  • « Le fantôme dans la crypte est un secret que la famille refuse de regarder en face. Il revient hanter les descendants jusqu’à ce qu’il soit reconnu et intégré. » Nicolas Abraham et Maria Torok
  • « Un ancêtre exclu revient hanter la famille jusqu’à ce qu’il soit réintégré. » Bert Hellinger
  • « Les loyautés invisibles sont des chaînes qui nous lient au passé. »  Anne Ancelin Schutzenberger
  • « Le gisant est un fantôme qui hante la famille. Pas un fantôme au sens littéral, mais une présence invisible, une ombre qui pèse sur les choix, les relations et les projets. » Didier Dumas

Le concept du Syndrome du gisant

C’est le psychanalyste Didier Dumas, élève du docteur Françoise Dolto et de la psychologue et enseignante universitaire Anne Ancelin Schutzenberger qui est à l’origine de ce concept du syndrome du gisant, proche de celui du « fantôme dans la crypte » explicité dans le prochain sous-chapitre.

Didier Dumas a observé que certains de ses patients ne vivaient pas pleinement leur vie et semblaient porter une charge émotionnelle liée à un ancêtre qui n’avait pas pu faire son deuil et était resté « figé » dans une grande souffrance. Il a nommé ce phénomène le syndrome du gisant, en référence à l’idée d’un ancêtre “allongé” dans une immobilité symbolique, comme un mort dont le deuil n’a pas été fait.

Le syndrome du gisant est une souffrance transmise par un ancêtre resté prisonnier d’un traumatisme ou d’une situation non résolue, cette charge transgénérationnelle et cette immobilité psychique peut alors peser sur la descendance (enfants, petits-enfants, etc.)

Les concepts de fantôme et de crypte

Le concept de « fantôme » et de « crypte «   ont été développés en psychanalyse par Nicolas Abraham et Maria Törok.

La synthèse de leurs travaux est résumée dans leur livre intitulé « l’Écorce et le Noyau ».

La Crypte

La crypte est un espace psychique enfoui dans l’inconscient, où est « enseveli » un secret honteux, un traumatisme non résolu ou un deuil impossible lié à un ancêtre ou à un proche.

Ce secret, souvent indicible (parce que lié à une honte, une culpabilité ou une douleur insupportable), est refoulé par la personne qui en est porteuse. Elle ne peut ni le partager ni le symboliser, mais il continue d’agir à son insu.

La crypte fonctionne comme un « caveau mental » : elle emprisonne une partie de la vie psychique, empêchant son intégration dans le reste de la personnalité.

Le Fantôme

Le fantôme est ce qui émerge de la crypte : ce sont les effets du secret sur les générations suivantes. Il ne s’agit pas d’un esprit ou d’une présence surnaturelle, mais d’une influence psychique invisible.

Selon Nicolas Abraham et Maria Törok, le fantôme est « les effets énergétiques et psychiques de la « présence-absence » d’un ancêtre qui agit « invisiblement » à travers des symptômes, des répétitions, des maladies ou des blocages qui apparaissent chez un ou plusieurs descendants, comme si le secret ou le traumatisme de l’ancêtre « hantait » leur vie.

L’Écorce et le Noyau

Comme nous l’avons abordé précédemment  l’Écorce et le Noyau sont  à la fois le nom d’un livre de Nicolas Abraham et de Maria Törok et également la désignation de deux concepts :

  1. l’Écorce qui représente la personnalité apparente, ce que Carl Gustav Jung a nommé « la Persona » (ce que l’on montre au monde, le masque social)
  2. le Noyau qui représente la partie cachée (le secret refoulé dans la crypte de l’inconscient).

Le syndrome de date d’anniversaire

 Le concept de syndrome de date anniversaire a été théorisé par la psychologue et psychothérapeute Niçoise Anne Ancelin Schützenberger, pionnière dans le travail d’accompagnement en psychogénéalogie. Elle décrit le syndrome d’anniversaire comme une « répétition d’un événement familial généralement traumatique, connu ou inconscient »

Le syndrome d’anniversaire ou de date anniversaire est un phénomène psychologique où une personne répète inconsciemment des événements douloureux (accidents, deuils, échecs, maladie, etc.) aux mêmes dates que ceux vécus par ses ancêtres ou bien par elle-même dans le passé. Ces répétitions peuvent prendre la forme de symptômes, de crises ou de comportements à risque, comme si le psychisme et les émotions étaient « piégés » dans une boucle spatio-temporelle.

La définition même de la névrose et du mécanisme de fixation qui lui est associé n’est-elle pas : « vivre le présente à travers un passé douloureux » !

Exemple concret :
Si un grand-parent est décédé un 29 juillet, un descendant pourrait vivre une crise (dépression, somatisation, agression, accident, synchonicité, etc.)autour de cette date, sans en comprendre la raison. Cela reflète souvent un traumatisme transgénérationnel ou un deuil non résolu qui « resurgit » symboliquement ou énergétiquement.

Ce syndrome illustre comment l’inconscient familial peut influencer nos vies, même des décennies plus tard.

Conclusion et solution

 La série télévisée « le chemin de l’olivier » illustre bien ce qui se passe réellement en séance de psychothérapie individuelle ou de psychothérapie de groupe en lien avec la psychogénéalogie ou les constellations familiales.  

Pour se libérer de cette forme de maladie et de malédiction, il faut symboliser le secret (par la parole, l’art ou la thérapie) et rompre le cycle de la transmission et de la répétition inconsciente.

L’objectif de ce type de psychothérapie est de « déterrer » la crypte et de libérer le fantôme de l’inconscient familial pour enfin intégrer ce qui a été refoulé et retrouver une certaine liberté psychique et une certaine prise sur sa vie intérieur et extérieure.

Faire un travail sur soi, c’est-à-dire, identifier, nommer, exprimer et extérioriser ces charges émotionnelles, énergétiques et psychiques (de la même façon qu’on y assiste en direct à certains moments dans la série du chemin de l’olivier) peut permettre de se libérer de schémas répétitifs et de conflits limitant et ainsi de trouver ou de retrouver peu à peu sa liberté, sa vraie nature, sa joie de vivre et sa spontanéité.

Ce travail intérieur sera clôturé par un acte thérapeutique symbolique (ATS) comme on y assiste dans le chemin de l’olivier au moment où Sevgi plante un petit olivier comme symbole de commencement d’une nouvelle vie et d’une nouvelle vitalité.